P(P)13 - Matérialités et sensorialités : repenser le matérialisme en arts et littératures féministes
Réimaginer les savoirs féministes : la formule implique de reconnaître comme prémisse que le savoir est un imaginaire ; que celui-ci doit être renouvelé ; que le féminisme forme des savoirs. Les écrivaines et les artistes féministes le savent depuis longtemps : savoirs et création s’articulent, théorie, épistémologie, pratique artistique se répondent. Notre panel voudrait interroger la dimension matérielle des imaginaires épistémologiques en question. D’une part, c’est un enjeu renouvelé des études de genre en littérature et en histoire de l’art que de comprendre ce qu’il est advenu des théories différentialistes et matérialistes qui ont structuré le champ de la création spécifiquement francophone depuis les années 1970-1980. Leur histoire a son berceau en France (elle est formulée la plupart du temps autour des figures d’Hélène Cixous et de Monique Wittig), elle s’est trouvée reformulée et réorientée au Québec et en Belgique (autour de Nicole Brossard, France Théoret, Louky Bersianik, Claire Lejeune, Françoise Collin), et elle s’est trouvée contestée enfin depuis, comme inopérante, au Cameroun par exemple par Calixthe Belaya. D’autre part, il faut rappeler la matérialité et la valeur artistique bien concrètes de ces débats épistémologiques et politiques. Or, si la dimension littéraire des courants différentialistes ou hérités du différentialisme est bien connue, celle des courants matérialistes est moins explorée. Les conditions matérielles de production, leur inscription dans un cadre capitaliste, posent question, autant que les recours esthétiques, à la fois artisanaux, stylistiques et sensoriels, que les créatrices trouvent pour donner forme matérielle à leurs engagements féministes matérialistes.
Animation : Aurore Turbiau