C(P)27a - Regret, honte et culpabilité : critique des injonctions normatives et construction de solidarités féministes
Responsables : Nesrine Bessaïh (Université du Québec à Montréal), Amilie Dorval (Université du Québec à Trois-Rivières), Kévin Lavoie (Université Laval)
Résumé : Dans un contexte sociopolitique marqué par un ressac des droits des femmes cisgenres et des personnes LGBTQ+, la notion de regret est mobilisée comme argument pour restreindre l’accès à certains soins et services, tels que l’avortement, l’hormonothérapie ou les chirurgies d’affirmation de genre. Le regret est alors brandi comme une menace pour dissuader les choix qui s’écartent des normes sociales, en particulier ceux liés à la non-maternité ou à la transition de genre. Ce recours au regret accompagne les recours à la honte et à la culpabilité comme mécanismes de contrôle des corps et des trajectoires de vie, en renforçant des normes genrées et hétérocisnormatives.
Le tabou entourant le regret empêche souvent l’expression libre et nuancée des expériences vécues. Dans le cas de la maternité, le regret est largement invisibilisé, car il remet en question l’injonction sociale à la maternité comme accomplissement féminin. À l’inverse, dans le cas de la transition, le regret est sur-visibilisé, utilisé pour invalider les parcours trans et justifier des politiques restrictives. Cette asymétrie révèle les dynamiques normatives à l’œuvre : ce qui est conforme à l’ordre établi doit être protégé de toute critique, tandis que ce qui le remet en cause est exposé, amplifié et pathologisé.
Réfléchir à ces discours et ces usages du regret, et à ses fréquents corolaires de honte et de culpabilité, ouvre la voie à une solidarité féministe inclusive, attentive aux vécus pluriels et aux besoins réels des personnes concernées, en dehors des cadres normatifs imposés.
Séance 1 (de 4) : Droits sexuels et reproductifs