Conférence Christophe Roux-Dufort
Enseigner l'avenir : de l'angoisse anticipatrice au pouvoir d’agir Les étudiants universitaires héritent aujourd'hui d'images du futur prédigérées qu'ils ne participent pas à élaborer. Les récits dystopiques d’effondrement ou les horizons saturés de menaces donnent le sentiment d'avenirs déjà écrits dont ils ne seraient que les spectateurs en quête de résilience. Ces images, loin d'être neutres, façonnent l'expérience subjective du temps et nourrissent l'angoisse et le désengagement. Privé de prise sur un futur perçu comme fermé, l'étudiant peut être tenté de se retirer de l'effort même de l'imaginer. À cette passivité anticipatrice, on peut opposer une pédagogie du futur entendue comme apprentissage de la fabrication des images du futur. Mobilisant les acquis des futures studies comme l'anticipation, la continuité de soi ou l'imagination située, je montre comment l'acte de construire ses propres images réintroduit une finalité vers lequel orienter son agir. Cette réappropriation produit trois effets convergents. Elle suscite l’engagement en transformant l'étudiant en auteur de son horizon. Elle restaure le bien-être en desserrant l'étreinte de l’angoisse puis elle nourrit la capacitation en élargissant le pouvoir d'agir sur ce qui paraît inéluctable. Apprendre à imaginer le futur devient ainsi une compétence existentielle autant que civique et une responsabilité de l’université.