Ambassadeurs (capsules)
Les ambassadrices et les ambassadeurs
Onze ambassadrices et ambassadeurs provenant chacune des onze nations autochtones au Québec ont été invités à partager leur vision de la réconciliation en éducation. Découvrez-les maintenant à travers leur vidéo de présentation ainsi que les capsules, conçues pour les webinaires préparatoires, dans lesquelles ils partagent leur vision sur les différentes thématiques.
Voir la vidéo de présentation des ambassadrices et des ambassadeurs
Voir la capsule 2 – Accessibilité aux études supérieures pour les étudiants des Premiers Peuples
Voir la capsule 3 – Soutien et services aux étudiants des Premiers Peuples
Voir la capsule 4 – Faire place aux Premiers Peuple dans l'enseignement
Voir la capsule 5 – Enjeux et leviers concernant la place des Premiers Peuples dans la gouvernance
Emmanuelle O'Bomsawin
Nation : Abénakis | Communauté : Odanak
Universités et programmes d’études :
- Université du Québec à Montréal : Science du langage
- Université de Montréal : Sciences infirmières (premier et deuxième cycle)
- Université Laval : Doctorat en médecine, post-MD résidence en psychiatrie
« La réconciliation en éducation, ce que j’en ai comme vision, c’est qu’on crée des ponts, on mélange les choses. Ça veut dire de s’ouvrir à l’autre, de ne plus garder cette position-là, chacun de son côté. [...] Pour moi la réconciliation ça demande certaines conditions, dont cette ouverture, mais aussi de s’écouter et de se voir comme une personne à travers ça : quels sont mes enjeux, mes peurs, comme personne travaillant en éducation, comme décideur; quelles sont les images que j’ai en moi, qu’est-ce que j’ai connu et quelles sont mes craintes. Même chose pour les Premières Nations : comme individu des Premières Nations, quelles sont mes craintes?
Depuis 2008 je vois des processus de réconciliation aller, où on a reconnu des choses pour les Premières Nations, on a reconnu les traumas historiques, on a nommé des choses, il y a des dédommagements qui ont été parlé. C’est bon la reconnaissance, de nommer les choses, c’est un pas vers l’avant. Maintenant comment est-ce qu’on va faire ce vivre ensemble là, et cette évolution-là ensemble, je pense que ça vient initialement par une réflexion. Je pense qu’il faut avoir un accompagnement, une sensibilité et un dialogue autour de ça, c’est peut-être mon côté futur psychiatre qui faire dire ça, mais la communication et la reconnaissance des états pour moi ça fait partie de la solution.
Les Autochtones, ça fait 400 ans qu’on cohabite, je nous sens encore plus forts, on a une bonne « drive », je ne vois pas pourquoi ça se déferait. Il faut laisser fleurir ça et s’écouter. Il ne faut pas avoir peur de prendre position, de sensibiliser. Il faut oser exister dans ces systèmes-là déjà en place, on va connaitre les enjeux de tout un chacun et on va avancer ensemble. Pour moi c’est ce que représente la réconciliation surtout dans les établissements d’enseignement où il y a des cultures qui sont là. Il faut les voir et les nommer, il faut le dire s’il y a des choses qui nous font peur. »
Cyndy Wylde
Nation : Anicinape | Communauté : Pikogan
Université et programme d'études :
- Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue : Doctorat sur mesure en études autochtones
« Pour moi, la réconciliation en éducation c’est vraiment de nous laisser une place, aux Premières Nations et aux Inuit, c’est vraiment l’attente que j’ai. La journée où je vais sentir que toutes les Premières Nations et tous les Inuit ont leur place dans les institutions scolaires au Québec, je pense qu’on va avoir atteint la réconciliation. Pour l’instant, il y a du travail qui se fait, beaucoup à certains endroits, pas du tout à d’autres. Donc, on a déjà un équilibre à aller chercher. Il faudrait vraiment que ce soit global à mon avis. Des forums comme celui-là, il en faut. La réconciliation va être atteinte quand on va sentir qu’on a notre place. »
Gilbert Niquay
Nation : Atikamekw | Communauté : Manawan
Universités et programmes d’études :
- Université du Québec à Montréal : Certificat en intervention psychosociale
- Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue : Certificat en gouvernance autochtone
« La réconciliation en éducation… c’est sûr qu’il y a encore beaucoup de travail à faire. Ce serait d’intégrer l’autochtonisation dans les collèges et les universités. De former des professeurs, des intervenants, des personnes, des ressources humaines sur l’histoire des Autochtones pour qu’ils puissent comprendre et mieux aider. Si le personnel qui travaille en éducation connaissait l’histoire des Autochtones, je pense qu’il y aurait plus de sensibilité, on diminuerait les préjugés, le racisme, toutes les choses négatives qu’on peut avoir envers les Autochtones. C’est le point de départ quand on parle d’une vraie réconciliation, de ne pas juste le dire, pas juste de paraitre, il faut avoir des actions concrètes. »
Jedidat Matoush
Nation : Crie | Communauté : Mistissini
Université et programme d'études :
- Université Concordia : Doctorat en science politique
« Si vous, les peuples non autochtones, voulez travailler à la réconciliation, commencez simplement par enseigner la vérité dans les écoles. Je crois que c’est aussi simple que ça. C'est important à tous les niveaux d'enseignement. D’ailleurs, ce qui est surprenant, c'est le manque d’échanges sur les questions autochtones au niveau des études supérieures dans les universités. Aux études supérieures, dans tous les domaines, qu’il s’agisse d’économie, de géographie, d’histoire, de sociologie ou de sciences politiques, il devrait y avoir au moins une semaine thématique sur le sujet et un cours entièrement consacré à l’histoire du colonialisme au Canada, aux effets du génocide culturel et aux problèmes contemporains avec lesquels sont aux prises les peuples autochtones du Canada. Si vous ne pouvez pas en apprendre davantage sur ces questions à l'école – pas même au niveau des études supérieures –, alors où êtes-vous censé en apprendre davantage? Et comment pouvez-vous être sensibilisé à ce problème? Une place pour les questions autochtones dans tous les programmes d’enseignement, à tous les niveaux et pour tous, c'est ça la réconciliation. »
Audrey-Lise Basile
Nation : Innue | Communauté : Ekuanitshit
Universités et programmes d’études :
- Université Laval : Baccalauréat en travail social
- Université du Québec à Chicoutimi : Maîtrise en travail social
« La réconciliation, c’est le rapprochement entre les Allochtones et les Autochtones dans les différents établissements scolaires. Maintenant, on a plus de choix, par exemple, au collège Kiuna, il y a des étudiants allochtones. C’est à nous aussi d’ouvrir nos portes aux Allochtones qui veulent nous connaitre. C’est comme ça, je pense, qu’on pourrait se réconcilier. Aussi, donner plus de pouvoir, plus d’autodétermination aux écoles des communautés pour mettre des programmes permettant de se reconnecter avec sa culture parce que maintenant, la culture québécoise est plus présente chez nos jeunes. Pour moi, ce serait important que les écoles soient plus concentrées sur nos cultures. Nous, quand on était jeune, au moins une fois par semaine on nous amenait dans le territoire. On nous apprenait comment arranger le castor. Maintenant, ils ne font plus ça. On nous apprenait à mettre des collets. Maintenant, ils ne font plus ça. C’est important de retrouver notre culture avant que les jeunes la perdent. »
Andrea Brazeau
Nation : Inuk | Communauté : Kangiqsualujjuaq
Université et programme d'études :
- Université McGill : Baccalauréat en éducation préscolaire et primaire
« La réconciliation dans l'éducation signifie l'intégration des connaissances autochtones dans les programmes d'études, notamment les méthodes d’apprentissage autochtones telles que la pédagogie basée sur la terre, l'apprentissage pratique et l'apprentissage coopératif. De plus, c’est de s'efforcer d'embaucher et d'inclure des Autochtones dans les établissements postsecondaires. »
Shaelyn Watsenniiostha Nelson
Nation : Kanien'kéha:ka | Communauté : Kanehsatà:ke
Université et programmes d'études :
- Université Concordia: Majeure en études des peuples autochtones et mineure en éducation
« La réconciliation en éducation se résume au programme; ça revient à enseigner la véritable histoire du Canada ou des États-Unis. C’est également avoir plus d'Autochtones comme porte-parole dans le domaine de l'éducation. À l'heure actuelle, les écoles enseignent les lignes directrices du Québec, et ce, d’un point de vue qui n'est pas autochtone. Mon rêve est de modifier le programme de Kanehsatà:ke selon nos propres lignes directrices, d'introduire davantage une perspective autochtone et d'enseigner l'histoire entre le Canada et les peuples autochtones de façon appropriée. Je crois qu'en agissant ainsi, ça aidera les peuples autochtones à réussir parce qu'ils se reconnaîtront dans les programmes d'études. Ça aidera également à améliorer les relations entre les Canadiens et les peuples autochtones en permettant une compréhension de la façon dont le passé continue d'avoir un effet sur nous aujourd'hui. Et pour avancer, nous devons apprendre du passé. »
Vincent Jeannotte Medina
Nation : Micmac | Communauté : Gespeg
Université et programmes d'études :
- Université Laval : Certificats en orientation et en études autochtones
« Pour effectuer une réconciliation, la base c’est premièrement de reconnaître les obstacles, reconnaître les problèmes et reconnaître les torts que peuvent vivre une Première Nation ou un membre des Premières Nations au niveau des études ou au niveau du système sociétal colonial. […] C’est reconnaître les bases de connaissances, le savoir-vivre, les cultures pour ensuite les mettre de l’avant et les mettre à profit pour les Premières Nations. […] ça ne prend pas juste des paroles, le texte on l'a déjà. Ce qui nous manque, c’est l’action. »
Glenda Sandy
Nation : Naskapi | Communauté : Naskapi Nation of Kawawachikamach
Universités et programmes d’études :
- Queen’s University : Baccalauréat en sciences infirmières
- Université Laval : Maîtrise en santé communautaire
« Pour moi, la réconciliation, c'est reconnaître les vérités du passé, c’est faire vraiment un effort pour offrir un espace accueillant et sécuritaire aux étudiants qui quittent leur famille et leur communauté pour poursuivre leurs études et c’est aussi s'efforcer de fournir le soutien et l'accompagnement dont les étudiants peuvent avoir besoin. Nous devons avoir l'esprit ouvert quant à la façon dont nous pouvons prodiguer une éducation et quant aux efforts à fournir pour apporter l'éducation aux communautés. Avec la technologie, il y a maintenant beaucoup de possibilités pour repenser comment nous pouvons développer des compétences et des aptitudes. Être ouvert à y penser selon notre point de vue sera la première étape à franchir et il est nécessaire de faire cet effort pour voir le monde à travers nos yeux et pour comprendre ce que cette éducation signifie pour nous. »
Benoit Gros-Louis
Nation : Wendat | Communauté : Wendake
Universités et programmes d’études :
- Université du Québec à Chicoutimi : Certificat en intervention et en prévention des dépendances chez les jeunes des Premières Nations
- Université Laval : Baccalauréat en travail social
« Pour aider les Premières Nations à aimer et à aller plus loin à l’école, c’est important de dire qui on est et la vraie histoire des peuples autochtones. Des fois, ce n’est pas tout à fait vrai ce qui s’est passé dans les livres d’histoires ou on ne va pas en profondeur. Les Autochtones sont un peu vus comme les méchants, mais dans le fond, c’est nous qui nous nous sommes fait enlever nos terres, c’est nous qui avons tout perdu […] et ça on n’en parle pas dans nos livres d’histoires. Raconter les vrais faits historiques aiderait beaucoup à la réconciliation avec les allochtones. Une autre chose, c’est que lorsqu’on va à l’université, qu’on puisse se sentir aussi chez nous […] qu’on ait une place pour être ensemble et vivre nos cultures. Essayez de donner plus de place aux Autochtones. »
Édith Bélanger
Nation : Wolastoqey | Communauté : Wahsipekuk
Universités et programmes d’études :
- Université Laval : Baccalauréat en philosophie
- Université Concordia : Certificat en transport maritime
- Université de Montréal : Certificat en droit
- École nationale d'administration publique : Maîtrise en administration publique en contexte autochtone
- Université du Maine : Fellowship at Wabanaki Leadership Institute
« La réconciliation déjà, c’est un concept que je trouve difficile. Je ne sais pas qui a ce besoin de réconciliation, parfois j’ai l’impression que c’est les institutions coloniales qui ont ce besoin-là, ce n’est pas nous, les Autochtones, qui portons le besoin de réconciliation. Et là, tout de suite en partant, il y a un malentendu. Nous on a l’impression de se faire imposer une réconciliation et de l’autre côté les instituions ont l’impression qu’on ne veut pas collaborer. Si je mets ça de côté, la réconciliation elle présuppose une relation déjà existante. S’il n’y a jamais eu de relation entre les deux parties, ça ne sert à rien de leur demander de se réconcilier puisqu’il n’y a aucun élément positif auquel se raccrocher. Il faut d’abord bâtir des expériences positives, se servir de cela, et là, on se dira peut-être : est-ce que ça vaut la peine de sauvegarder cette relation-là?
En éducation, la réconciliation c’est d’admettre que nos systèmes et nos structures sont inspirés du colonialisme, ils sont structurés dans un modèle hiérarchique pyramidal qui est complètement à l’opposé des valeurs et des modèles éducatifs traditionnels des Premières Nations. Par exemple, un professeur en avant, derrière son bureau qui est debout avec le doigt en l’air et les étudiants assis devant lui en rang d’oignons, qui regardent vers le haut. Juste l’image de cela, ça rappelle l’église, le curé en chaire en avant. Ce n’est pas propice au dialogue, au partage, à être soi-même. Si on essaie de vendre ces modèles-là à des peuples qui ont connu des expériences traumatisantes dans des institutions comme ça, c’est sûr que ça ne fonctionne pas, que tu as l’impression d’être un numéro, d’être dans une usine à apprentissage – ça ne fonctionne pas. Chez les Premières Nations, on valorise beaucoup plus des modèles d’apprentissage circulaires. Par exemple, la relation entre les ainés et les enfants est importante pour transmettre le savoir, apprendre en observant, apprendre en écoutant et en faisant (les trois ensemble), le partage, l’imitation, ce sont tous des concepts dynamiques qui reposent sur plusieurs personnes alors que dans un modèle colonial éducatif traditionnel, c’est l’enseignant qui donne l’éducation, la vérité, il n’y a pas d’échange.
La réconciliation, c’est concilier deux façons de voir, deux modèles, deux réalités. Que chacun propose à l’autre ce qui pourrait être amélioré et que chacun ait une ouverture. Par exemple, moi, qu’est-ce que je peux proposer comme institution? Il y a des limites, j’ai mes contraintes. À quels endroits puis-je te rencontrer dans ton besoin d’échange, de flexibilité, dans ton besoin de faire une boucle dans tes apprentissages? J’ai une vision de l’éducation, tu as une vision de l’éducation – où pouvons-nous nous rencontrer? »