Session d'affiches - Résumés
Marcelo Balboa
Doctorat en sciences de l’orientation
Directeur de thèse : prof. Simon Viviers, Université Laval
Co-directrice : prof. Patricia Guerrero, Université Catholique du Chili
Le travail coopératif et la politisation de l’activité comme stratégie de prévention en santé au travail en milieu scolaire
Au Québec, les dernières décennies ont été marquées par une augmentation exponentielle des problèmes de santé mentale (Vézina et al., 2011 ; Pelletier et al., 2025). Pour y faire face, certains organismes spécialisés recommandent, entre autres mesures, de renforcer le travail coopératif afin de favoriser la rétention des enseignants (OCDE, 2020). Toutefois, plusieurs chercheurs ont mis en lumière les contraintes imposées au travail coopératif par la nouvelle gestion publique en éducation, qui l’a parfois transformé en une source supplémentaire de souffrance (Levasseur, 2020 ; Tardif & Mukamurera, 2023).
S’inscrivant dans un projet d’intervention organisationnelle plus vaste mené dans 12 écoles québécoises (Pelletier et al., 2024), notre recherche doctorale repose sur une étude de cas réalisée dans deux écoles secondaires de Québec. Elle s’intéresse à l’activité collective d’un Comité santé mentale mis en place dans le cadre de ce projet, avec pour objectif l’amélioration organisationnelle et la prévention des risques au travail. L’analyse des données s’appuie principalement sur la méthode multimodale (Filliettaz & Zogmal, 2020) et l’analyse langagière du dialogisme (Volosinov, 2010).
Nos résultats soulignent le rôle clé de la participation des enseignants dans l’amélioration de l’organisation du travail et la prévention des risques liés à la santé au travail. L’étude réintroduit une dimension politique dans l’intervention en santé au travail en introduisant des concepts essentiels tels que la politisation de l’activité, le développement du pouvoir d’agir collectif et la fonction psychologique du travail coopératif.
Référence bibliographie :
Filliettaz, L., & Zogmal, M. (2020). Mobiliser et développer des compétences interactionnelles en situation de travail éducatif. Éducation Permanente. Toulouse, Octarès.
Levasseur, L., Normand, R., Liu, M., Carvalho, L.-M., Andrade, D. (2020). Les politiques de restructuration des profes-sions de l’éducation. Une mise en perspective internationale et comparée. Québec : Presse de l’Université Laval.
Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2020). TALIS 2018 Results (Volume II): Teachers and School Leaders as Valued Professionals, TALIS, OECD Publishing, Paris. https://doi.org/10.1787/19cf08df-en
Pelletier, M.; Lafantaisie, M.; Nicolakakis, N.; Perron, S.; Sylvain-Morneau, J.; Jauvin, N.; Viviers, S.; Chevrier, A.-A.; Vézina, M. (2025) Étude menée auprès du personnel scolaire du Québec sur l’état de santé mentale et l’exposition aux risques psychosociaux du travail. https://www.inspq.qc.ca/publications/3613
Pelletier, M., Lahrizi, I., Viviers, S. & Balboa, J. (2024). Implantation d’un dispositif organisationnel visant la prévention des situations de travail à risque du personnel enseignant au sein d’une école primaire au Québec. Revue Organisations & territoires, 33(3), 44-71. https://doi.org/10.1522/revueot.v33n3.1865
Tardif, M., & Mukamurera, J. (2023). La pénurie en enseignement et l’évolution du marché du travail enseignant au Québec. Dans V. Dupriez, D. Périsset, & M. Tardif (2023) Les pénuries d’enseignants : marchés du travail, attractivité et expériences. Québec : Presses de l’Université Laval, 45-67.
Vološinov, V. N. (2010). Marxisme et philosophie du langage. Lambert Lucas
Contrer l’abandon précoce des personnes enseignantes débutantes : études des facteurs contribuant au maintien dans la profession
Lory Boisvert, étudiante à la maîtrise en sciences de l'orientation de l'Université Laval. Sous la direction de Mariève Pelletier, Université Laval.
De nos jours, il semblerait que l’enseignement ne soit plus une carrière envisageable au long terme, car l’abandon précoce de la profession est observé. Plusieurs facteurs individuels et organisationnels contribuant à l’abandon prématuré de la profession enseignante ont été documentés dans la littérature. Or, peu d’études semblent s’être intéressées à la comparaison de l’expérience des personnes enseignantes débutantes qui se sont maintenues en emploi et de celles qui ont abandonné la profession de façon précoce. Cette recherche qualitative basée sur le modèle « Job-Demands ressources » visera à aborder l’insertion professionnelle des enseignants débutants ainsi que les facteurs pouvant influencer leur maintien ou leur abandon. En outre, composée d’un échantillon de 10 à 15 participants, elle permettra de documenter des mesures pertinentes et utiles pour l’intégration professionnelle des enseignants débutants dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre enseignante et de combler un manque de connaissances dans la littérature scientifique.
L’influence de la perception de la justice organisationnelle sur la rétention du personnel dans les établissements scolaires : le rôle modérateur de la confiance dans cette relation
Catherine Brouillard, étudiante au doctorat en administration et politiques de l'éducation, Université Laval. Sous la direction de Louise Clément, Université Laval.
La justice organisationnelle (JO) se définit comme « la mesure dans laquelle les personnes perçoivent les événements organisationnels comme étant justes » [traduction libre] (Colquitt et Greenberg, 2003, p. 159). La perception de la confiance relationnelle (CR), soit la croyance des employés en la fiabilité, l'intégrité et la compétence de leurs supérieurs et de l'organisation dans son ensemble (Mayer et al., 1995) renforcerait les perceptions de la JO (Demir, 2016). Ces deux concepts exerceraient un rôle positif sur l’intention de rester des employés (Colquitt et al., 2001; Hoy et Tarter, 2004). L’objectif de cette étude consiste à approfondir la compréhension des mécanismes organisationnels qui favorisent la rétention du personnel scolaire en explorant l’influence de la JO et le rôle clé de la CR, contribuant ainsi à répondre aux défis contemporains dans le secteur éducatif. Cette étude prévoit une méthodologie à devis quantitatif et sera réalisée auprès d’employés de diverses institutions scolaires. Des entretiens qualitatifs pour approfondir les perceptions et les expériences individuelles sont aussi prévus. La première hypothèse est que la JO a une corrélation significative et positive avec la CR et la rétention du personnel scolaire. La deuxième hypothèse est que la CR joue un rôle modérateur dans la relation entre la JO et la rétention du personnel scolaire. Les implications théoriques et pratiques découlant de cette étude seront abordées lors de la présentation.
Inclure les perspectives des enseignant-es dans la démarche de revalorisation de leur profession en contexte de pénurie du personnel scolaire au Québec
Virginie Chantal-Bossut, étudiante au doctorat en psychopédagogie.
Le travail des enseignants, ces acteurs au cœur du système scolaire dont l’influence est incontestable dans l’apprentissage et la réussite scolaire des élèves, éprouve un malaise depuis plusieurs années (Homsy et al., 2019; Lantheaume et Hélou, 2008). Dans son rapport sur le bien-être des enseignants, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (2020) indique que les conditions de travail sont difficiles dans bon nombre de systèmes d’éducation (p. 7). Au Québec, plusieurs défis fragilisent le travail des enseignants et génèrent du stress, de la détresse ou bien des symptômes d’épuisement professionnel: hétérogénéité grandissante d’élèves, essor de la violence, tâches fragmentées, etc. (Pelletier et al., 2025). Malheureusement, les défis inhérents à la profession amènent plusieurs enseignants vers l’abandon de celle-ci. Outre les conséquences systémiques engendrées, notamment la pénurie actuelle en enseignement (UNESCO, 2024), l’atteinte au bien-être des enseignants n’est-elle pas une raison suffisante pour prendre action (Tompkins, 2023)? À l’aube de mon premier examen doctoral, par l’entremise de cette communication par affiche, je vous expose ma recherche dont l’objectif est de documenter les perspectives des enseignants pour amener un éclairage scientifique aux enjeux sociaux.
Quand le travail devient lourd et perd son sens : Comprendre les risques psychosociaux du travail des enseignants au primaire du Québec
Audrey-Anne Chevrier, étudiante à la maîtrise en santé publique, Université de Montréal. Sous la direction de Mariève Pelletier, Université Laval.
Les enseignants présentent un risque élevé de burnout et de détresse, tant à l’international (Schonfeld et al., 2017) qu’au Québec, où l’enseignement est parmi les secteurs d’emploi les plus touchés (Institut de la statistique du Québec [ISQ], 2023). Cette détresse est préoccupante dans un contexte marqué par une épidémie de congés de maladie (Labbé, 2020) et une pénurie d’enseignants qualifiés (Dupriez et al., 2023). Ancrée dans une perspective réaliste critique (Fletcher, 2017), cette étude explore les mécanismes par lesquels le travail enseignant mène à la détresse, en s’appuyant sur les cadres des risques psychosociaux du travail (RPS) (Siegrist & Li, 2024) et du sens au travail (Morin, 2008) et en se concentrant sur les titulaires au primaire du réseau public francophone québécois. Elle cherche à répondre à la question suivante : Comment les enseignants au primaire du Québec décrivent-ils leur travail, ce qui lui donne du sens, et ce qui le rend lourd ou pénible - et comment ces dimensions reflètent-elles leur exposition aux RPS? L’analyse thématique (Braun & Clarke, 2006) de six groupes de discussion rassemblant 28 enseignants révèle que le travail actuel déborde les tâches que ceux-ci considèrent légitimes. Les principaux facteurs aggravants incluent la composition des classes, les exigences d’évaluation, le manque de ressources, les tâches administratives, les rôles liés à l’adaptation scolaire et à l’intervention sociale, ainsi que les relations difficiles et la violence. Les résultats montrent une forte exposition aux RPS, une charge de travail difficile à limiter et un faible accès à ce qui donne du sens au travail. L’étude souligne l’impact potentiel de certaines politiques éducatives sur ces conditions, ouvrant des pistes pour atténuer la détresse enseignante.
Sexisme en éducation et stéréotypes de genre : des outils pour favoriser l’équité en contexte subsaharien
Véronique St-Pierre, étudiante en administration et politiques de l'éducation, Université Laval. Sous la direction de Louise Clément, Université Laval.
Dans le cadre de mon projet de fin d’études pour l’obtention d’une maîtrise professionnelle en administration et politiques de l’éducation, je développe une infographie et une fiche descriptive concernant deux enjeux majeurs : le sexisme en éducation et les stéréotypes de genre qui affectent les élèves du primaire et du secondaire. Ces outils sont destinés aux professionnels de l’éducation qui œuvrent en contexte subsaharien et visent à sensibiliser aux manifestations du sexisme, aux défis structurels qu’il engendre et aux impacts sur les élèves et le personnel scolaire.
L’objectif de ces outils pédagogiques est de communiquer des définitions, des illustrations des manifestations du sexisme et des stéréotypes de genre ainsi que des pistes de réflexion pour favoriser un climat éducatif plus inclusif. Un accent particulier sera mis sur les liens entre ces dynamiques et le bien-être psychologique des enseignants et des élèves en plus de souligner les effets du stress, de la discrimination et des inégalités.
L’ajout de ressources interactives (codes QR et liens cliquables) permettra aux professionnels de l’éducation d’accéder à des références supplémentaires et des stratégies concrètes à mettre en œuvre dans leurs pratiques quotidiennes. Cette présentation s’inscrit dans une perspective d’amélioration des conditions d’apprentissage et de travail en milieu scolaire en cohérence avec les objectifs du colloque.
Validation canadienne-française de l’échelle Collective Teacher Efficacy Belief Scale au sein de centres de la formation professionnelle.
Jean-François Ouellette, étudiant au doctorat en administration et politiques de l'éducation, Université Laval. Sous la direction de Louise Clément, Université Laval.
Le sentiment d’efficacité collective (SEC) est un concept issu de la théorie sociale cognitive de Bandura (1997). Il se définit comme étant la croyance partagée des individus qui forment un groupe de travail en leurs capacités conjointes à exécuter des actions pour produire un niveau acceptable de réalisation (Bandura, 1997). Le SEC chez les enseignants peut être favorisé par un leadership transformatif de la direction (Ninkovic, 2022 ; Peng, 2021) et exercer un rôle positif sur la satisfaction au travail (Aydogmus et Serce, 2021) ainsi que sur l’engagement professionnel (Yurt, 2022). L’objectif de cette étude est de valider la traduction canadienne-française de l’échelle Collective Teacher Efficacy Belief Scale (CTEBS ; Tschannen-Moran et Barr, 2004). Cette étude a été réalisée auprès de 480 enseignants issus de 22 centres de la formation professionnelle du Québec. Les résultats indiquent que : 1-la fidélité de l’instrument de mesure est acceptable ; 2- l’analyse factorielle exploratoire montre que les deux dimensions de l’échelle (déploiement de stratégies d’enseignement et gestion de la discipline des élèves) sont fortement corrélées suggérant que le concept est de nature unidimensionnelle. La version canadienne-française de l’échelle CTEBS permettra d'étudier les déterminants liés à l’administration scolaire, notamment ceux relatifs aux aspects relationnels.
Comment se portent nos directions scolaires ? Entre bien-être et risque de démission
Marie-Christine Rivest, étudiante au doctorat en administration et politiques de l'éducation, Université Laval. Sous la direction de Louise Clément, Université Laval.
Au Québec, la FQDE1 a sondé ses membres au printemps dernier après une augmentation des plaintes liées à une surcharge de travail et à leur intention de démissionner : une direction sur cinq envisage sérieusement de quitter son poste (Pilon-Larose, 2024). Dans le but de réduire leur intention de quitter, et comme elles sont souvent soumises à un stress élevé et à des demandes croissantes, ce projet doctoral vise à mieux comprendre comment la perception des exigences du travail influence le bien-être de ces directions, en explorant d’abord le rôle médiateur de la vitalité et de l’épuisement émotionnel au travail et ensuite le rôle modérateur de l’autonomie au travail. Les résultats de notre première étude (n=530) révèlent que, malgré la perception d’une surcharge de travail, les directions avec une plus grande vitalité au travail voient leur satisfaction augmenter, tout en réduisant leur intention de quitter. En revanche, lorsqu’elles sont émotionnellement épuisées, la surcharge perçue diminue leur satisfaction et accroît leur intention de quitter. Les résultats de notre seconde étude (n=504) montrent que l’autonomie au travail agit comme variable modératrice entre la charge mentale et l’intention de quitter. Les organisations scolaires auraient tout à gagner à mieux comprendre ces dynamiques afin d’orienter le développement de pratiques plus efficaces pour soutenir leur bien-être et leur maintien en poste.
Explorer le capital psychologique élargi au travail : une analyse bibliométrique
Marie-Michèle Roy, étudiante au doctorat en administration et politiques de l'éducation, Université Laval. Sous la direction de Louise Clément, Université Laval.
Le capital psychologique (CP) désigne un état psychologique positif d'un individu, caractérisé par quatre ressources personnelles (RP), distinctes mais complémentaires, soit l’espoir, l’optimisme, le sentiment d’efficacité personnelle et la résilience (Luthans, 2007). Les RP du CP peuvent contribuer à améliorer le bien-être des individus au travail ainsi qu’à diminuer leur intention de quitter leur emploi (Loghman et al., 2022). Selon Luthans et al. (2015), d’autres RP pourraient s’ajouter à la conceptualisation « élargie » du CP : 1- créativité, 2-expérience optimale, 3-pleine conscience, 4-intelligence émotionnelle, 5- gratitude, 6-spiritualité, 7-authenticité, 8-courage. L’objectif de notre étude propose d’explorer les liens entre les douze composantes du CP « élargi » et l’intention de quitter des individus à l’aide d’une analyse bibliométrique en cartographiant les divers courants de recherche. Nous avons analysé 527 articles empiriques, examiné leurs caractéristiques (p. ex. évolution du concept, répartition géographique, collaborations) et visualisé les relations conceptuelles par grappes thématiques, conformément aux recommandations de Donthu et al. (2021). D’un point de vue pratique, les résultats de cette recherche mettent en lumière le rôle stratégique des RP dans l’amélioration de la rétention du personnel et ils orientent les pratiques de gestion. Sur le plan scientifique, nos constats peuvent guider les futurs travaux sur la question.
Les facilitateurs et obstacles à la collaboration du personnel professionnel et enseignant en contexte scolaire: une revue de littérature
Émilie Thériault, étudiante à la maîtrise en sciences du travail et de l’emploi, Université Laval.
Élisabeth Proteau, étudiante au baccalauréat en psychologie, Université de Sherbrooke.
Raphaëlle Bruyère, étudiante au doctorat en sciences du travail et de l’emploi, Université Laval.
La collaboration interprofessionnelle constitue un facteur déterminant pour favoriser la santé mentale du personnel scolaire. La majorité des études actuelles portant sur la collaboration mettent l’emphase sur le personnel enseignant, fournissant donc peu d’informations sur le personnel professionnel. Cette revue de littérature considère la perspective de ce dernier groupe pour combler les lacunes de la compréhension des relations interprofessionnelles. Une revue narrative de la littérature scientifique et grise a permis de dégager des facilitateurs, des obstacles et des éléments qui sont parfois facilitants et parfois un frein. Les facilitateurs centraux sont la communication, le soutien des pairs et de la direction, la clarté des rôles et des responsabilités du personnel professionnel. Les obstacles prédominants sont le manque de temps, d’approches préventives et de stabilité du personnel, la pénurie de main-d’œuvre, entrainant une surcharge de travail, et l’épuisement professionnel. Les principaux éléments qui sont parfois facilitants et parfois un frein sont les caractéristiques et attitudes du personnel et de la direction, les relations de travail, les conditions de travail et le milieu socioéconomique de l’école. Ces constats permettront de proposer au personnel scolaire et aux membres de la direction des pistes de réflexion quant aux possibilités d’améliorer leur collaboration interprofessionnelle, promouvant ainsi leur bien-être au travail.